Damassine AOP
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Historique

L'histoire de la Damassine

Aux origines de la Damassine

L’eau-de-vie de damassine correspond à une tradition séculaire de la région jurassienne. Mais peu de documents historiques en revanche attestent de son implantation et de son intégration dans la culture populaire. La légende veut que ce soient les croisés qui aient ramené le damasson, cette petite prune rouge, de leur voyage en Orient. La seule chose établie est le lien entre damassine et le nom de la capitale syrienne: Damas. On imagine que ce sont des noyaux qui ont fait le voyage au retour de Jérusalem.

Pour feu l'abbé François Guenat, ancien curé de Charmoille, ce sont les serfs et paysans de la région ajoulote, partis en 1129 pour la 2ème croisade avec Saint-Bernard de Clervaux (celui-ci était venu à Lucelle en 1125 pour y fonder une abbaye cistercienne ) qui ont ramené les noyaux de fruits particulièrement bons, dont vraisemblablement ceux de damasson. A moins que ce soit ce curé de Charmoille parti en 1145 en voyage en Palestine. 

Protohistoire de la Damassine

Aucun écrit ne permet d'établir la provenance de la damassine. Dans un de ses écrits, le poète Martial parle de Damàscena, ou prunes de Damas. Le naturaliste romain Pline l'Ancien écrit, dans son Histoire naturelle: "à propos des arbres étrangers nous avons déjà cité les prunes de Damas, ainsi nommées de Damas en Syrie, qui viennent depuis déjà longtemps en Italie…". Pour l'historien Joseph-François Michaud, le prunier de Damas aurait été introduit en Europe par le Duc d'Anjou en revenant de la 5ème croisade, dans les années 1220. Les fruits auraient été transportés en Sicile par les anciens comtes d'Anjou.


Dans la partie de l'Encyclopédie consacrée aux arbres fruitiers, Duhamel du Monceau identifie bien un Damas rouge, prunier peu fertile donnant des fruits "de moyenne grosseur, de forme ovale, assez régulière. (…) Sa peau est bien fleurie, rouge foncé du côté du soleil, rouge pâle du côté opposé, assez fine, peu adhérente à la chair. Sa chair est jaunâtre, fine et fondante, sans être mollasse. Son eau est très sucrée." Duhamel Du Monceau nous dit encore que son noyau quitte la chair et que le fruit mûrit à la mi-août. Tout cela nous fait penser au damasson… sauf lorsque l'on s'intéresse aux proportions du fruit: 14 lignes de large pour 16 lignes de long, soit 31,5 mm sur 36. C'est assurément beaucoup trop grand pour être de la damassine. Peut-être sa cousine la bérudge… Il y a un autre damas rouge, plus petit et moins allongé, dit Duhamel, mais celui-ci mûrit à la mi-septembre, alors que la damassine tombe entre le début et la fin août.

Dans le Jura

Le 21 août 1797, Pierre Joseph Quiquerez de Grandfontaine, qui avait racheté à la République le verger de la cure du village, se plaint d'avoir été dépouillé de prunes appelées vulgairement damas ("lai damè") auprès des assesseurs du juge de paix. Des individus se sont introduits dans le verger, et ont cassé 13 branches sur huit pruniers qu'ils ont dépouillé. Le damasson est la seule prune de la région qui soit mûre à ce moment-là.

Dans le Glossaire des patois d'Ajoie de Simon Vatré, on parle aussi de "lai damè" pour désigner le damasson. L'auteur entendait ce mot dans sa jeunesse, lors de ses vacances à Vendlincourt, ce qui veut dire qu'on l'utilisait déjà à la fin du XIXème siècle.

Inventaire des vieux vergers

Une enquête menée pour les besoins de l’interprofession a permis de retrouver la trace de vergers de damassiniers en 1880 au Noirmont, en 1925 à Sceut , en 1875 à Courfaivre, en 1811 aux Bois, en 1900 à Mervelier, en 1910 à Montavon, en 1920 à Saulcy. En Ajoie, les damassiniers ont été toujours vus par les parents ou grands-parents des personnes interviewées, (ce qui permet de remonter au 19ème siècle, et donc de corroborer l’existence de damassines dans les vergers de Grandfontaine en 1797). Il y en a à Boncourt en 1870, à Courgenay en 1880, à Damvant en 1915, en 1880 à Mormont et à Coeuve. S'il y en a simultanément dans les trois districts jurassiens dans la deuxième partie du XIXème siècle, on peut donc en déduire que le temps de multiplication des damassiniers et de répartition de ces arbres à travers le territoire jurassien a bien dû prendre un ou deux siècles au minimum. Et faire remonter aussi loin (16ème ou 17ème siècle au moins) l'arrivée de la damassine sur territoire jurassien.

Trois méthodes de reproduction

On reproduit les arbres selon trois méthodes : le prélèvement de rejets de souche, le greffage et la plantation de noyaux. L'utilisation des fruits se répartit entre la fabrication de tartes, les confitures, les ventes sur des marchés depuis le siècle passé déjà, et, principalement, la transformation en alcool. Les fruits décrits sont à peu près les mêmes partout: le damasson est une petite prune à dominante rouge, avec des couleurs rosées d'un côté et jaunes de l'autre. Le damasson dégage un fort parfum très agréable qui embaume toute la pièce et en fait son charme. Tout le monde attend la chute naturelle de la damassine avant de la mettre en tonneau.

Offre désormais insuffisante

Une fois mis en tonneaux, les fruits sont généralement remués tous les jours durant la fermentation, qui dure 10 à 12 jours, puis les tonneaux sont fermés. Un producteur les ferme hermétiquement dès le départ, sans remuer Les fruits sont distillés dans leur alambic par les producteurs eux-mêmes ou donnés à des professionnels de la région. L'alcool repose durant quelques mois dans des bonbonnes dont on enlève le bouchon pour permettre l'évacuation des odeurs données par l'alambic (s'il ne s'agit pas d'installations de distillation modernes). Un long stockage avant la vente tend à se raréfier en raison de l'importante demande pour ce produit. On utilise le produit pour la vente directe, pour les besoins de la famille, et l'offre est souvent insuffisante pour combler la demande.

La polémique fait connaître le produit

Si la tradition de la production d'eau-de-vie de damassine remonte bien à quelques siècles dans la région, sa réputation n'a vraiment dépassé les frontières jurassiennes qu'avec le début de polémiques tournant autour de la propriété de la damassine. Les Confédérés ont alors dégusté la damassine, et ont été séduits par la finesse et la richesse de ses arômes. Deux commerçants jurassiens ont obtenu le 11 mai 1988 l'enregistrement d'une marque damassine. Un distillateur delémontain a engagé une action en justice contre ces commerçants.

Création de l’Interprofession

Une association s'est constituée en 1990  pour défendre les droits des propriétaires de damassiniers. Son combat a été repris en 1994 par l'Association des producteurs de fruits d'Ajoie, qui veut alors déposer une demande d’AOP. En 1997, une autre association, Fruits du Jura, qui veut déposer sa propre demande d’AOP. Après de nombreuses péripéties, les deux associations se regroupent, sous la houlette du Service de l'économie rurale. Une demande d’AOP est déposée, puis publiées en 2005. Une dizaine d’oppositions sont formulées. Elles sont toutes levées, jusqu’à la dernière, émanant d’un producteur du Landeron, rejetée par le Tribunal fédéral en février 2010. Depuis lors, on ne parle plus que de Damassine AOP.